Une ouverture (récit)

N’attendez pas le miracle, vous êtes le miracle (anonyme)

Tous voient Dieu, toujours, mais ils ne le savent pas (Ramana Maharshi)

Dans tout être humain, plus profondément que toute autre chose, au plus profond de lui-même se trouve le Pouvoir de Dieu (Bapak, San Francisco le 04 septembre 1963)

Dans tout ce que vous faites, vous n’êtes jamais séparés du Pouvoir de Dieu qui vous suit toujours et vous accompagne comme votre ombre. Si vous pleurez, Celui qui est derrière celui qui pleure est Dieu ; si vous marchez, Celui qui est derrière celui qui marche est Dieu. Lorsque vous serez vraiment capables de connaître Qui est derrière vous et s’occupe de vous dans tout ce que vous faites, vous vous retournerez certainement en vous demandant à chaque pas : Ô Dieu, est-ce bon que j’aille là ? (Bapak, Sydney le 17 mars 1963)

Susila Budhi Dharma (Subud) se tient au sein d’une personne, au sein de chacun et chacune d’entre vous. Cela veut dire que vous avez pris conscience qu’il y a un maître au sein de votre être ; que dans votre for intérieur, se trouve le Pouvoir de Dieu qui vous guide. Ces personnes ont une foi irrévocable, ils acceptent et se soumettent à la grandeur de Dieu ; ils croient qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu qui est le Seul et Unique pour toute l’humanité et pour toute la création, à la fois dans ce monde et au-delà. Ils embrassent cette vérité avec tout leur être. (Bapak, Los Angeles le 28 aout 1963)

Janvier 94 – Un dimanche matin, la compagne de M, lui remit un livre, dont elle trouvait le contenu étrange. Quelques années auparavant, il lui avait été offert par S, un compagnon d’études. Sur la couverture mauve du mince ouvrage, une photo montrait le buste et les jambes d’un homme, qui tenait à deux mains un miroir ovale, dans lequel se reflétait son visage. Au-dessus de l’image s’inscrivait le nom de l’auteur d’origine anglaise, et en partie inférieure le titre, “Vivre sans tête”. M lu le livre, qui peu à peu, l’intrigua, l’intéressa, puis le captiva. Le narrateur y relatait l’expérience d’un éveil spirituel spontané, puis proposait une méthode facile et rapide pour l’atteindre. M devait-il s’attendre à un dévoilement ou à une nouvelle désillusion ?

Février 94 Devant la salle, parmi d’autres et conversant avec un ami, M attendait que débute le cours d’art martial. Fortuitement, un prospectus lui fut remis. Sidéré, il constata qu’il s’agissait de l’annonce d’une réunion, où serait pratiquée la méthode du livre qu’il lisait.

Mars 94Dans un appartement, M était assis en compagnie d’une dizaine de personnes. Le lieu et les gens lui étaient inconnus. Face à eux, un orateur se présenta et proposa de leurs montrer l’essentiel. Ce fut simple, direct, et renversant. Il suffisait de regarder attentivement, dans la direction que le doigt de chacun pointait. Le regard de M se dirigea vers le mur d’en face, puis successivement, vers la table, le sol, ses chaussures, son pantalon, sa chemise, puis au-dessus du col. Ici, à sa surprise, il ne vit rien ; du moins pas le visage connu, qu’il considérait comme sien, et que miroirs et reflets lui renvoyaient d’habitude. Il regarda à nouveau au-dessus de l’encolure de son vêtement. Il n’y avait là rien qu’il puisse nommer ou décrire, aucune forme ou couleur. Son regard avait opéré un retournement complet jusqu’à rencontrer sa source. Il y avait là ce qui regardait, une présence insondable, le centre à partir duquel le monde alentour apparaissait et évoluait.

Le lendemain matin, M entra dans un grand parc. L’atmosphère légère de ce début de printemps l’incita à renouveler l’expérience de la veille, à regarder à partir de la présence intérieure. M a soudain la sensation que le paysage environnant et lui, ne font plus qu’un. Son corps a disparu, le temps semble suspendu, le flux de ses pensées s’est arrêté. Il n’est plus qu’une perception, où toutes les choses et les événements apparaissent à leur juste place, dans leur plénitude, leur intensité. Installé dans la présence, il goute à la diversité prodigieuse du visible.

Sa vie fut profondément bouleversée. A partir de ce jour, cette vision devint un état courant, qu’il pouvait solliciter à sa guise. Il lui suffisait d’être attentif, de retourner son regard, de revenir au centre de lui-même, de s’abandonner à la présence, pour que s’installe cette clarté, où tout était donné. Dans les rues, les magasins, les transports, au bureau, chez lui, qu’il travaille, discute, mange, M vivait dans l’unité sans cesse renouvelée du présent. L’orateur devint un ami. Ils firent la connaissance d’autres, avec qui ils partagèrent la vision. Rien ne manquait, semblait-il.

Février 96Selon la compagne de M, S, l’ami qui lui avait offert le livre, s’intéressait à diverses pratiques spirituelles, dont l’une s’appelait Subud. Cela ne disait rien à M, qui estimait par ailleurs être comblé intérieurement. Il oublia.

Septembre 96 – La compagne de M repris contact avec S, qu’elle n’avait pas revu depuis la fin de ses études, et une invitation fut convenue chez M. Au moment de passer à table, le nom de Subud revint soudainement à la mémoire de M, qui interrogea S à ce sujet. S lui répondit que le latihan de Subud était un mouvement d’adoration de Dieu. M n’en demanda pas davantage.

Décembre 96 – M et l’orateur se retrouvèrent dans un café qui dominait la place. Ils furent bientôt rejoints par S, accompagné de A, une veille amie venue de province. Les présentations faites, l’orateur entreprit de montrer à A, l’expérience qu’il vivait depuis plusieurs années ; le retournement du regard, l’absence de visage, qui ouvrait sur la présence intérieure. A vit cela, et tranquillement expliqua que cette présence était reliée au divin, et que la pratique du latihan de Subud, permettait d’activer ce lien à Dieu. Ébranlés, l’orateur se mit en colère dénonçant une imposture, tandis que M ne parvenait plus à parler. Une douleur intense contractait le haut de sa poitrine, sous l’effet d’une poussée inconnue cherchant à se libérer. Trois jours plus tard, M demanda à recevoir l’ouverture au latihan de Subud. A et S firent le nécessaire.

Janvier 97 – L’ouverture était prévue le lendemain. M dormit peu, le sommeil traversé de rêves. L’un d’eux le réveilla à l’aube. Sur un fond noir, le contour de deux visages similaires tentent de se superposer. Au moment de leur ajustement complet, un contact s’établi et un rayon de lumière les traverse au niveau d’un orifice circulaire, situé entre les deux yeux. Émergeant de la torpeur, M se leva, mangea, se prépara. Deux heures plus tard, il retrouva S dans une grande gare, où ils prirent un train pour une ville en direction du sud. Ils y arrivèrent en fin de matinée. L, l’époux de A, les attendait. Au sortir de la gare, ils montèrent dans une voiture et gagnèrent les faubourgs, pour rejoindre une maison, où A les accueillit autour d’un repas. L’après-midi passa au gré de longues conversations. L’heure de l’ouverture n’était pas décidée, et son organisation restait incertaine. M demeurait silencieux, attendant patiemment que les circonstances s’arrangent.

Vers la fin du jour, les événements se précipitèrent brusquement, et les décisions furent prises. Ils quittèrent la maison pour regagner la ville. La nuit tombait, lorsqu’ils arrivèrent dans la rue du rendez-vous. S et L, bientôt rejoint par un autre homme, entrèrent dans une ancienne boutique à la vitrine diaphane. Dans l’obscurité de la voiture, M attendait, assis sur la banquette arrière, tandis que A continuait de lui parler. Il restait calme, tout entier requis par le moment à venir. De l’autre côté de la rue, une lumière émanait de la vitrine, sans rien laisser paraitre de l’activité à l’intérieur du local. La porte s’ouvrit enfin, et S lui fit signe de venir. Déchaussé, les yeux clos, il se tint debout, face aux trois hommes. L fit une brève déclaration, et lui demanda de s’abandonner au pouvoir de Dieu, afin de recevoir le latihan de Subud. Au dedans de lui, une vibration apparait, se déploie, embrasse l’entièreté de son corps et de son être. Débarrassé de ses pensées, il se soumet au mouvement qui lui est donné, qui le traverse, et le transporte.

Dans le train qui le ramenait, à travers la fenêtre, M scrutait la nuit parsemée de lumières proches et lointaines, tandis qu’autour de lui, les passagers discutaient et s’agitaient. Il était paisible et heureux. Après des années d’errance, il éprouvait la sensation se s’être débarrassé d’un fardeau écrasant, d’avoir enfin retrouvé le chemin de son être. Désormais la voie était grande ouverte, il suffisait d’en épouser le courant.

Octobre 25 – M dessine sur le papier blanc. Sa main émerge du vide, trace des lignes, circonscrit des formes. Il observe son avancée dans le même temps qu’il regarde en lui-même, ressent dans sa poitrine la présence proche, le sentiment vibrant, qui le guide, le protège, ce fil de lumière qui le relie à Dieu.

Irfan

Une journée kedjiwaan

Vous considérez peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’écouter Bapak. Pourtant, si vous le faites, vous verrez qu’au fil du temps en écoutant ces conférences, votre compréhension s’ouvre et s’élargit. Vous ne pouvez pas acquérir cette compréhension en étudiant constamment les conférences de Bapak ni en faisant le Latihan avec diligence. C’est impossible. C’est une compréhension qui vient de votre âme quand elle s’ouvre. Vous pourrez alors comprendre ce que Bapak veut dire dans ses conférences (Ibu Rahayu, Rungan Sari le 8 décembre 2012).

Lorsque Bapak donnait une conférence, ses paroles étaient emplies du Pouvoir de Dieu. Bapak n’est pas mort, il est présent (Ibu Rahayu, Christchurch le 8 janvier 2010).

En ce début d’automne, Les membres du groupe de Paris se sont retrouvés pour une journée Kedjiwaan, dont le programme prévoyait l’écoute d’une conférence de Bapak, suivi d’un latihan, de tests, et d’un repas.

Dans les rues encore désertes régnait un air frais, et du ciel émanait une douce lumière traversant le feuillage des d’arbres. Irfan ouvrit la porte des locaux, bientôt rejoints par Rosalinde, Yela (venue de Bruxelle), Sarah, Laurent F, Laurent D, Lydia, suivis par Trisnani, Liliane, Sylviane, Lucy, puis Mahrus, Khaled, Armand S, et Lisa.

Dans la salle de l’étage, nous plaçâmes une table, des chaises, un projecteur vidéo branché à un ordinateur, lui-même connecté à un téléphone portable fournissant l’accès au réseau internet. Nous avions prévu de regarder une conférence de Bapak, donné le  20 juillet 1981 à Vancouver (causerie 81 YVR 4), et disponible sur le site Subud Library.

Bapak apparaît sur l’écran, élégamment assis. Il remercie ses hôtes puis commence sa conférence. Sa voix se déploie en un mouvement continu qui enveloppe, et pénètre tout l’être. Son visage varie entre gravité et douceur. Il parle, précise, sourit, parfois ferme les yeux, ajuste le micro. Au fil de l’écoute, certaines phrases résonnent soudain plus particulièrement, offrant un entendement inattendu, une plénitude intérieure.

Ayez une confiance totale en Dieu. Si la conscience intérieure est confuse et manque de fermeté, cela entrainera des malheurs et des déceptions dans la vie. C’est pourquoi, dans tout ce que vous faites, soyez résolus ‘pour l’amour de Dieu’ (Bapak, Vancouver le 20 juillet 1981).

La conférence terminée nous rejoignîmes les salles pour pratiquer un latihan, une adoration de Dieu vivifiée par la présence et les paroles que Bapak venaient de nous offrir, continuant de nous ouvrir le chemin. Nous terminâmes la séance par quelques tests relatifs au ressenti de notre âme.

Ensuite, nous partageâmes un repas. Nous dressâmes une longue table, où furent disposés les plats divers préparés selon l’inspiration de chacun. Salades, tourtes, galettes fourrées, crudités, fromages, tartes, pâtisseries, fruits, chocolats, quelques friandises, vins, et autres boissons. Nous mangeâmes et discutâmes par petits groupes, échangeant nouvelles et impressions.

Plus tard nous rangeâmes les salles et le matériel utilisé, nous nettoyâmes cuisine, sols, et vaisselles. Puis nous nous quittâmes enthousiasmés par cette belle journée, que nous nous promîmes de renouveler.

Dehors l’après-midi était bien avancé et le soleil à son zénith.

Irfan

Centenaire du latihan

Et cette nuit-là Bapak commença, pour la toute première fois, à recevoir le latihan, de la même manière que vous tous le recevez (Bapak, Mexico le 20 avril 1968)

En 1925, à Kalisari (indonèsie), Bapak Muhammad Subuh, alors âgé de 24 ans, fait pour la première fois l’expérience du latihan. Un soir, passé minuit, de manière inattendue et involontaire, il reçoit un mouvement qui emplit son corps et son être en entier. Ce phénomène, où il se sent mu et guidé par le pouvoir de Dieu, se reproduira chaque nuit, pendant 3 ans. Au début des années 1930, il pourra partager ce contact spirituel, avec sa famille, ses proches, et toutes les personnes qui lui demandent. Plus tard, en 1957, il commencera à parcourir le monde afin de transmettre le latihan de Subud à tous ceux qui le souhaitent.

Le Latihan de Subud est guidé, enseigné, et dirigé par le Pouvoir de Dieu Tout-Puissant qui est présent dans toutes les personnes (Bapak, Mexico le 20 avril 1968)

En ce début de février 2025, les membres Subud de différents pays, se sont réunies pour célébrer le centenaire de l’apparition du latihan. Les cérémonies les plus importantes se firent en Indonésie, aux lieux où naquit et vécu Bapak. Le samedi 1er février, une vingtaine de membres du groupe Subud de Paris se sont retrouvés. La journée débuta par un latihan, suivi par des tests généraux relatifs à la présence du latihan dans notre vie quotidienne, notre soumission à Dieu, et notre reconnaissance pour avoir reçu ce contact. Ensuite, hommes et femmes échangèrent sur leurs ressentis, puis lurent une causerie de Bapak (68 MEX 01), relatant sa première expérience. A midi, nous fîmes une pause et partageâmes un repas composé des plats apportés par chacun. L’après-midi, nous assistâmes à la projection vidéo d’une autre causerie de Bapak (83 LON 14), et notre rencontre se conclut par un dernier échange.

L’obligation, la seule et absolue exigence est d’adorer Dieu Tout-Puissant afin de pouvoir devenir un être humain complet (…). C’est la condition absolue qui s’applique à vous tous, à un être humain qui veut revenir à Dieu, qui veut servir Dieu complètement et aussi devenir un être humain qui comprend sa vie dans ce monde et le prochain, dans ce monde et dans la vie après la mort (Bapak, Mexico le 20 avril 1968).

Irfan (texte), Mélissa (photo)

Impressions d’Assise

La seule direction pour nous est de marcher dans les pas de Dieu en suivant ce que nous recevons. Dieu nous préparera, sans que nous sachions comment il l’accomplit. C’est à nous de l’accomplir, en suivant Dieu qui nous précède. (Bapak, Coombe Springs 13 aout 1959).

Ils vinrent d’Europe, et des autres continents. Ils vinrent d’Allemagne, d’Angleterre, d’Angola, d’Argentine, d’Australie, d’Autriche, de Belgique, du Canada, du Chili, de Colombie, de Croatie, du Danemark, du Congo, de l’Équateur, des États-Unis, d’Espagne, de France, de Grèce, de Hollande, de Hongrie, d’Inde, d’Indonésie, d’Irlande, d’Israël, d’Italie, du Liban, de Lituanie, de Moldavie, de Norvège, du Pérou, de Pologne, du Portugal, de Russie, de Suisse, de Turquie, d’Ukraine, de Zambie. Ils vinrent en avion, en train, en bus, en voiture. Ils voyagèrent de jour, de nuit, suivant différents parcours et correspondances. Ils étaient près de 400, et se retrouvèrent à Assise, en Ombrie, fin octobre de l’an 2022.

Il est minuit passé. Les phares du bus éclairent une portion de route qui émerge de la nuit noire. Le conducteur concentre son attention sur cet espace fugace, que rythme le défilement des balises latérales. Au loin quelques lumières indiquent la présence d’une agglomération, esquisse la silhouette d’un édifice. Parfois l’une d’elle grandit, se rapproche rapidement. C’est une voiture qui roule sur la voie opposée. Les passagers se sont assoupis pour la plupart. Les heures passent, puis au loin apparait une myriade de points brillants. Le conducteur sort du silence, et annonce que nous sommes arrivés à destination. La haut, l’étoilement émane de l’ancienne ville et de la basilique, où repose Saint François.

Ils revirent des visages connus, amis, et aimés. Ils se saluèrent, s’embrassèrent, s’étreignirent. Ils donnèrent et prirent des nouvelles. Ils firent la connaissance d’autres, qui inconnus leurs semblaient néanmoins familiers et proches.

Une conférence de Bapak est projetée. La voix le pénètre, et comme souvent, une phrase résonne avec son état intérieur et l’éclaire soudain. Bapak est présent et continu de lui indiquer le chemin.

ils adorèrent Dieu, et pratiquèrent le latihan de Subud, le matin, le soir, et parfois dans la journée. Ensemble, Les yeux clos, se soumettant au pouvoir de Dieu, attentifs à la vibration née au profond d’eux, ils se déplacèrent, chantèrent, dansèrent, tournoyèrent, rirent, levèrent les bras, se prosternèrent, chacun selon sa manière et sa mesure. Leurs mouvements s’entrecroisaient sans qu’ils ne se gênent, leurs voix se mêlaient en un chœur fluctuant.

Debout, ils forment un cercle. L’un d’eux demande à recevoir ce qu’est l’amour de Dieu pour chacun, puis ce qu’est pour chacun son amour pour Dieu, et enfin, ce qui manque afin que leur amour pour Dieu soit complet. Ils le reçoivent. Le ressenti prend l’entièreté de son etre, et se déploie encore longtemps après. D’autres demandes sont énoncés, d’autres réponses surviennent.

Lors des repas, des réunions, des rencontres organisées ou impromptues, des ateliers, des spectacles, des pauses, des promenades, ils discutèrent, échangèrent, écoutèrent, participèrent, travaillèrent, regardèrent, partagèrent, et eurent le sentiment de former ensemble une fraternité, que rendait possible Celui qui les guidaient chacun intérieurement.

Un soir, il la croise sur l’allée qui le mène à l’hôtel. Elle s’y rend aussi, et âgée, se déplace avec lenteur. Elle lui demande de l’accompagner, car sa présence la rassurerai. Il accorde ses pas aux siens. Elle se souvient des mots de cette langue apprise autrefois, et ainsi, ils conversent au gré de leur marche. Arrivés, ils se séparent, comblés par ce moment partagé.

Ils se rendirent dans les villes historiques d’Assise, de Péruge, de Spello, de Spoletto, édifiées sur les collines, qui dominent la plaine et le paysage environnant. Parmi les groupes de touristes, de pèlerins, ils déambulèrent dans les rues, les ruelles, les passages, Ils s’assirent aux terrasses, traversèrent des places, des jardins, entrèrent dans des basiliques, des églises, des chapelles, et virent d’innombrables et splendides peintures, fresques, mosaïques.

Au tournant d’une rue étroite, tout à coup, ils se trouvent face à la cathédrale en contrebas. Le clocher se dresse vers le ciel bleu. La façade de pierre blanche, ajourée de rosaces, et ornée d’un tympan doré, resplendit au soleil. Un emmarchement, puis un grand parvis en brique, les entrainent jusqu’au portique d’entrée. Ils le franchissent et pénètrent dans la nef, vers d’autres découvertes.

Les journées furent ensoleillées et douces, les nuits fraiches. Les jours furent intenses, les nuits courtes.

Pendant un atelier, il modèle la terre les yeux fermés. Ses mains se familiarisent peu à peu avec l’argile humide et collante. Puis il reprend l’exercice les yeux ouverts, mais désormais ses mains se sont libérées de l’emprise du regard et s’expriment d’elles même par le toucher qui entreprend la matière. Ses yeux assistent au travail des mains, d’où émerge une forme qu’il ne connait pas encore.

Le huitième jour, ils se saluèrent et se séparèrent. Ils remercièrent pour tout ce qui leur avait été donné. Ils reprirent bus, voiture, train, avion, et s’en retournèrent chez eux, dans leurs contrées et villes respectives. Ce qu’ils avaient vécu chacun, et partagé ensemble, portait la promesse de se déployer vers d’autres.

Irfan (texte et photos)

Aveuglements (conte)

L’état des passions et l’état de pureté sont côte à côte, ils sont semblables, mais différents. Quelqu’un de pur doit toujours faire face à ce qui n’est pas pur. C’est pourquoi l’on dit que le ciel et l’enfer sont proches l’un de l’autre. Nous devons toujours être vigilants et instamment nous en remettre à la grandeur de Dieu. (Bapak, Leicester, le 8 juillet 1970)

Dieu sait chaque seconde où vous en êtes. Il le sait, c’est ainsi (Bapak, Hambourg, le 20 juillet 1970)

Un groupe d’amis vivait dans une ville. Une dizaine d’hommes et de femmes, de parcours et d’âges divers, qui partageaient un même amour pour Dieu. Quel que soit la saison et les circonstances, ils se retrouvaient chaque semaine pour pratiquer la dévotion qui éclairait leurs âmes. Malgré leurs singularités, un sentiment fraternel les unissait, et ils appréciaient chaque fois le plaisir de se revoir. Éloignés les uns des autres, ils louaient pour leurs rencontres, un local de dimensions modestes mais suffisantes, dans une rue calme d’un quartier du centre.

A, L’un d’entre eux, se distinguait par sa vivacité, son éloquence, et le charme de sa personnalité. Il suscitait naturellement l’assentiment enthousiaste des autres, jusqu’à apparaitre indispensable à leur association, qu’il menait de fait. B, un ami proche de A, vivait seul dans une autre ville. Il venait à l’occasion le visiter et communier avec les amis. Un jour, A décida qu’il était temps d’abandonner leur location et d’acquérir une maison, que le groupe pourrait investir à sa guise. Il convainquit ses compagnons de son projet et persuada B, qui possédait quelque argent, de participer au futur achat. ils consultèrent les agences immobilières et choisirent les annonces intéressantes. Un samedi matin, A, B, accompagnés de deux autres amis, prirent une voiture, et traversèrent la ville jusqu’à atteindre les faubourgs. À une quarantaine de kilomètres, ils visitèrent une première maison. Entourée d’un jardin arboré, construite en brique, coiffée d’un toit de tuile, elle s’ouvrait sur un intérieur paisible et confortable. Ils l’explorèrent longuement, A imaginant l’usage et l’aménagement de chaque pièce. Plus tard, ils reprirent la route, à destination d’une seconde maison. Celle-ci, blanche, isolée, se dressait sur plusieurs niveaux. A refusa d’y entrer, estimant qu’elle n’était pas appropriée. Les autres la visitèrent sans enthousiasme. En fin d’après-midi, ils revinrent à la ville. Dans la voiture, A déclara que la première maison était le bon choix et qu’il fallait l’acheter. Les quatre compagnons se rendirent à l’agence, et après lecture du contrat d’achat, B signa sans hésitation. Le soir était venue lorsqu’ils ressortirent, et l’un d’eux saigna soudain du nez. Le périple de la journée avait été fatigant, et l’incident passé, chacun rentra chez soi. B prit le train pour rejoindre l’autre ville.

La nuit fut difficile. A fut pris de fièvre, et la maladie l’accabla. B dormi peu et se réveilla en proie à l’angoisse. Il s’était engagé dans un achat qu’il n’avait pas les moyens d’honorer. Son pécule lui permettait de vivre au quotidien, mais pas d’acquérir une maison. B vit l’erreur qu’il avait commise. Il avait suivi sans discernement le désir de A, afin de lui complaire. A, dominé par une volonté aveugle, ne s’était pas soucié des possibilités de son ami, et profitant de l’influence qu’il exerçait, avait abusé de sa faiblesse. B n’entrevoyait aucune solution. S’il refusait l’achat, il perdrait une partie de son argent, et serait soumis au discrédit de A et de ses amis.

Quelques jours plus tard, l’agence contacta B. Pour des raisons inconnues, le propriétaire renonçait à la vente. Le contrat était rompu. La providence libérait B. Il remercia Dieu pour la grâce qu’Il lui accordait, et sollicita son pardon. A s’enferma dans le silence, et nul ne sut ce qu’il éprouva. Les deux amis ne se revirent jamais.

Certains dirent que cette histoire était véridique et qu’elle témoignait des passions humaines et de la bonté divine. D’autres affirmèrent qu’elle n’était qu’une invention aux desseins oiseux et inavoués. D’autres encore, jugèrent ce débat inutile, suggérant que cette histoire valait par sa simple existence, et qu’elle résonnait intimement pour ceux qui lui prêtaient attention.

Irfan (texte), Le Caravage (peinture, La vocation de saint Matthieu, détail, 1600)

Anniversaire de Bapak, le 25 juin 2022

Tout membre Subud qui porte en lui la compréhension de ce que sont les bienfaits et l’utilité du latihan kedjiwaan sera un point à partir duquel Subud peut s’étendre (Bapak, Sao Paulo, le 31 mai 1981)

Cette année, l’anniversaire de Bapak fut l’occasion pour le groupe Subud de Paris-Île-de-France de se retrouver lors d’un événement particulier. Après la longue période de restrictions dues à la pandémie cette cérémonie festive était bienvenue. A l’initiative de Lisa et Trisnani le programme prévoyait, un latihan, une réunion de groupe, un repas commémoratif, ainsi qu’un concert et une exposition de travaux artistiques. La date du samedi 25 juin fut retenue, et la participation de chacun sollicitée.

La veille au soir, Éric et Lisa, aidés de Lucie et Irfan travaillèrent à l’accrochage des peintures et dessins dans la grande salle du rez de chaussée, Trisnani et Lydia décorèrent celle de l’étage.

Le samedi matin, plus d’une vingtaine de personnes était présente. Le Latihan commença à 10h, suivi par quelques tests proposés par les aides. Une réunion du groupe s’ensuivit autour du nouveau président Armand B, où furent évoqués la vie du groupe et ses activités futures.

À midi, Trisnani au piano et Atikah au chant, offrirent un moment musical. Présenté comme un voyage sentimental, elles jouèrent des œuvres de Mark James (Always on my mind), Gluck (O del mio dolce ardor), Carissimi (Vittoria, mio core !). l’éloquence du chant d’Atikah accompagnée par la finesse de jeu de Trisnani évoquèrent tour à tour les sentiments d’amour, de mélancolie, d’enjouement, voire d’humour. Elles furent chaleureusement applaudies et jouèrent en rappel la dernière chanson au rythme soutenu.

A 13h00, dans la salle de l’étage, une longue table fut dressée avec les mets préparés. Armand B évoqua la mémoire de Bapak lors de ses anniversaires à Cilandak, et après un moment de recueillement nous partageâmes le repas en son hommage.

L’après-midi, l’exposition de peintures et dessins fut inaugurée et vint clore en beauté cette journée. Elle présentait des travaux d’Éric S, Lydia C, Lucy L, et Irfan L. Chacun disposait d’un pan de mur, assemblages de matières composites d’Éric, pastels sur fond noir de Lydia, peintures aux techniques variées de Lucy, et dessins à l’encre sur papier d’Irfan. Travaux singuliers, démarches personnelles, où s’exprime la part du mouvement intérieur qui les inspire.

En prolongement de cette rencontre réussie, une autre est prévue mi-septembre en dehors de Paris, où seront également invités les groupes de Mayenne, Belgique, et Nord-Est.

Irfan (texte et photos)

Dénuement (récit)

L’état le plus élevé qu’un être humain puisse atteindre dans sa vie est seulement de devenir un instrument de Dieu. (Bapak, Bandung, 22 mai 1965)

I se préparait, et les difficultés s’accumulaient. Un soir, son fils ainé ressentit les premiers symptômes de la maladie. Le virus de la Covid l’avait atteint. Il s’isola dans sa chambre. Dix jours de fièvre, de douleur, et de fatigue s’écoulèrent au gré du développement de l’infection. I s’assura des dispositions nécessaires, veilla aux soins et besoins de l’enfant. Le garçon dormait beaucoup, mangeait peu, perdit le gout et l’odorat. Il endurait patiemment son état. Au fil du temps et lentement, il se rétablit. Guérit, il rentra chez sa mère. Resté seul, et selon le calendrier prévu, I commença le jeûne du Ramadan. La 4 ième nuit, un rêve l’avertit.

Il voyage, accompagné d’une jeune femme. Ils traversent un paysage à l’aube, et aperçoivent au loin plusieurs ponts ravagés. leurs assises se maintiennent, mais les voies qu’elles soutenaient ont été dévastées, brulées. Désormais, chemins de fer, routes, et rivières ne peuvent plus se croiser. Plus tard, lui et sa compagne s’approchent de l’entrée d’un tunnel ferroviaire. L’étroite galerie renferme une voie à sens unique. Y pénétrer est dangereux, car un train peut survenir à tout moment, et la paroi offre peu d’abris pour se protéger. Un homme enferme dans le creux d’une poutre en bois, un document lié à la personnalité de I. L’homme clos le couvercle et inscrit un nom dessus, puis dépose la poutre sur un tas d’autres amassées sur la voie. Lorsque le train passera elles seront emportées. Plus tard, I retrouvera la poutre et le précieux message qu’elle contient.

Le lendemain, il ressent à son tour les marques de l’infection. Fièvre, migraine, fatigue, toutes intenses, envahissent son corps. Face à cet ébranlement imprévu, I interrompt le jeûne. Les jours qui suivent l’éprouvent continument. Un irrépressible besoin de dormir sape sa volonté, annihile sa faculté de penser et d’agir. Incapable de travailler, il délaisse ses obligations. Selon les heures, son corps tremble de froid, des douleurs apparaissent, puis se dissipent. Parfois, il perd la mémoire immédiate, commence une action, puis ne se souvient plus de la suite à lui donner. Les taches les plus ordinaires, se lever, manger, se laver, se coucher, requièrent qu’il rassemble toute sa volonté, suscite le peu de ses forces, afin que péniblement il parvienne à les accomplir. Les nuits, il se réveille plusieurs fois en nage, change draps et vêtements, se rendort pesamment, pour émerger plus tard dans le même état. Des pensées chaotiques traversent son sommeil et recherchent inlassablement une résolution qu’elles n’obtiennent pas. Le réveil matinal rend évident que ce ne furent que cauchemars. Parfois, un rêve isolé l’éclaire.

Le ciel est parcouru de lourds nuages que pousse un vent tumultueux. Soudain, un cercle d’eau claire troue la nuée, au travers duquel apparait le bleu de l’azur. Le cercle se creuse et prend l’aspect d’une belle coupole transparente. Il remarque que le couvert nuageux est parsemé d’autres ouvertures qui possède la même capacité à se transformer.

A présent, un dégout profond l’habite qui le contraint à refuser la plupart des aliments. Cette nausée s’étend bientôt à son environnement matériel. Une nécessité intérieure le presse de se débarrasser des objets et affaires personnels, qu’il considère dorénavant obsolètes, inutiles. Dans les rares moments de répit physique, il abandonne, liquide, l’attirail qui l’encombre. Plus tard, ce sont les souvenirs qui remontent et envahissent ses pensées. Les événements les plus médiocres et pénibles de son passé reviennent et le submergent. Il ressent l’affliction qui fut la sienne, celles des siens, proches et anciens, celle de sa mère anéantie par la maladie, celle de son jeune fils tourmenté par la peur. Il perçoit la lignée sans fin de ses semblables, soumis aux difficultés, à l’échec, à la souffrance. L’éternelle et insupportable condition le saisit de vertige. Las, démuni, impuissant, il renonce et remet la totalité de ce qu’il éprouve à Celui qui la créé et le mène. Le ressort de sa volonté est rompu, ses armes ont chu.

Dès lors, le temps se déroule selon le même lent et sévère cheminement. La maladie progresse. Après les sinus, ses bronches sont désormais touchées. Dans le profond remuement dont il est l’objet, il perçoit néanmoins que le corps résiste, qu’un travail intérieur s’élabore dont fièvre, fatigue, et douleur ne sont que l’écho. Le mouvement intime persiste à soutenir son être. Il écoute sa monture, s’accorde à ses besoins et ses limites. Par la fenêtre, il voit le printemps qui se déploie. Les feuilles remplacent peu à peu les fleurs et leurs teintes vertes s’affirment. Pour l’heure, ce frémissement lui demeure lointain et étranger. Au matin du dixième jour, la fièvre disparaît. L’éprouvante traversée se termine. Des traces perdurent qu’il lui faudra patiemment soigner par la suite. Intérieurement, la table est rase, les outils sont rangés. Il ouvre la porte. Continuer lui est donné.

Irfan (texte et dessin)

Paris-Ile-de-France, portrait(s) de groupe

Vous devriez déjà être capables de commencer à trouver comment utiliser votre intellect en accord avec la direction et le pouvoir de Dieu Tout Puissant. Vous devriez être capables d’utiliser ce que vous avez reçu dans le latihan kejiwaan dans votre vie extérieure. Vous devriez être capables de connaître le lien entre votre âme et celle de quelqu’un d’autre, en d’autres termes entre vous et vos frères et sœurs. (Bapak, Washington, le 1er juillet 1981)

Djamal, Dahlan B., Loréna, Héloïse, Sophie, Armand B., Khaled, Heinz, Rosette, Lydia, Richard, Emanuel, Rosalinde, Sarah, Ludovic, Arnaud, Florence, Matthew, Daniela, Jean-Marc, Juan, Henri, Miriam, Jacques, Laurent F., Maxime, Bénédicte, Marie Françoise, Surya, Cedic, Nurul, Mahrus, Catherine K., Félix, Sunder, Héliade, Amar, Ivan, Catherine L., Dahlan L.R., Faustine, Rosanne, Irfan, Lucy, Atikah, Baruti, Solange, Silvana, Laksar, Laurent M., Murtiati, Alicia, Sylviane, Reine, El Madani, Lisa, Bastien P., Abdul Haq, Bastien R.C., Bernard, Richenda, Marc, Éric, Hannah, Armand S., Liliane, Halimah, Brian, Emmaline, Claudie, Mathilde et Trisnani sont les quatre-vingts personnes qui constituent actuellement le groupe Subud de Paris-Île-de-France.

Ils habitent Paris, sa banlieue ou des villes proches. Quelques-uns plus éloignés vivent aux limites de l’Île-de-France, en Normandie et dans les hauts de France. Enfin, certains isolés (Lille, Colmar, Odessa) sont rattachés à notre activité.

PG01

Paris capitale européenne, lieu touristique et universitaire fréquenté, permet au groupe de bénéficier du passage ou des séjours de membres Subud étrangers qui viennent partager le latihan. Ce faisant leurs visites se font l’écho du mouvement international que forme Subud et nous rappellent que nous y sommes insérés. Ces temps derniers, nous avons reçu les visites de Muna Y. (Le Caire), Howard et Nastacha R. (Australie), Gian T. (Brésil), Noël L. (Israël), Halimah P. (Floride), Véra H.B. (Suisse), Hadani D.A. (Vancouver), Hardini D.A. (Indonésie), Dael M. (Israël), et Sandra C. (Belgique) avec laquelle nous envisageons d’organiser des échanges plus réguliers avec le groupe de Bruxelles.

Le latihan se pratique principalement à Paris, aux locaux de la rue Deguerry, mais également en d’autres lieux extérieurs à la capitale. Félix, Catherine K. et les résidents des Yvelines se réunissent 2 fois par mois dans une salle louée à l’Ermitage de Versailles (78). Matthew et Florence reçoivent un samedi par mois à leur domicile de Garennes sur Eure (27) ceux qui habitent la Normandie ou qui font le déplacement depuis Paris. Maxime et Bénédicte accueillent chaque dimanche à Saint-Leu (95) les résidents du Val-d’Oise.

PG02

Le groupe se réunit chaque mois afin d’échanger sur les questions relatives à son organisation ou aux relations aides et comité. Chaque réunion est suivie par le partage plus informel et festif d’un repas constitué par les plats et boissons apportés ou élaborés par les participants. D’autres rencontres ponctuent et enrichissent la vie du groupe. Un apéritif est prévu à chaque fin de mois et également pour célébrer une ouverture, ou souhaiter bienvenue à un visiteur de province ou de l’étranger. Les fêtes sont autant d’occasions de se retrouver en honorant une personne ou un événement particulier. L’anniversaire de Bapak, la fin du Ramadan en sont d’autres exemples.

Ces rencontres en apparences divertissantes n’en sont pas moins profondes. Ce sont autant de moments privilégiés, où dans notre relation aux autres s’expérimente aussi la présence du latihan. Au travers des qualités et des expressions de chacun s’éprouvent un sentiment d’aisance et d’intensité d’échange, de plaisir à partager. La guidée intérieure nous mène vers la reconnaissance de l’autre et de nous-mêmes.

Irfan (texte et photos) et Jean-Marc (photos)

Un travail d’édition

Lire les conférences de Bapak est indispensable. Nous n’étudions pas ces conférences, nous en ressentons le sens grâce à cette compréhension qui existe en nous, et cette compréhension nous vient de l’exercice spirituel de Subud. Il existe donc une étroite relation entre le latihan et les conférences : il est aussi insuffisant de lire les conférences sans faire le latihan que de faire le latihan continuellement sans lire ou écouter Bapak. (Ibu Rahayu, Semarang, le 5 mars 2010)

 

Préambule : Cet article relate un travail réalisé aujourd’hui par des membres du groupe Paris-IDF, qui concerne l’édition de conférences de Bapak et d’autres écrits sur Subud. Son objet n’est pas d’établir un historique des traductions et des éditions Subud, ni de comparer les différentes publications présentes ou passées. Depuis le début de Subud en France, plusieurs personnes se sont employées à traduire et publier la parole de Bapak, en particulier Luthfi A (de l’indonésien) et Maxime G (des versions anglaises). Nous formons le vœu que ces travaux soient le moment venu également reconnus et racontés. (Irfan)

 

Edition 01

Les conférences de Bapak (environ 1400) sont depuis plusieurs années rassemblées et classifiées par une équipe de l’ASM (Association Subud Mondiale). SPI (Subud Publications International) sa branche édition, a pour mission de les retranscrire, traduire et publier dans leur version complète. Des traductions sont ainsi réalisées dans plusieurs langues, et notamment en anglais pour une édition intégrale qui compte actuellement 32 volumes. Certaines sont disponibles sur le site web Subud Library.

Aujourd’hui, les membres Subud d’expression française accèdent à la lecture de ces conférences grâce aux traductions réalisées depuis les textes anglais, par une équipe de traducteurs officiels (Rashid C, Héloïse J, Hamidah J, Raphaëlle V, Faustine L.R) et leurs correcteurs. Ceux-ci travaillent sous la coordination de Pierre E, qui se charge de la mise en forme des textes et de leur dépôts sur le site web Subud Library (version française), où ils sont disponibles aux abonnés. Chaque mois, Pierre sélectionne une causerie que le comité ASF diffuse à ses membres.

Conjointement et depuis 2010, un travail d’édition est réalisé par des membres de Paris, qui a permis la publication de recueils de conférences de Bapak, d’Ibu Rahayu, et d’autres livres témoignant de la vie de Bapak. Cette équipe rassemble Faustine L.R, et Rashid C (traducteurs officiels), Dahlan L.R, Harlinah C, et Trisnani d’Y. Tous furent ouverts au latihan dans le courant des années 1960, hormis Trisnani qui les a rejoints plus récemment. Ils vécurent les débuts de Subud en France et assumèrent des responsabilités de comités et d’aides à différents niveaux (local, régional, ou national). Ils assurent aujourd’hui encore leur fonction d’aide au sein du groupe de Paris-IDF. Leur rôle d’aide s’est approfondi au fil du temps à la lecture et l’écoute de Bapak. Il a suscité également le besoin de partager ces conseils sur la pratique du latihan kejiwaan, et le souhait de les rendre accessibles dans les meilleures conditions aux membres Subud français.

Au sein de leur équipe, ils réunissent plusieurs compétences. Faustine traduit l’anglais qu’elle utilise depuis de nombreuses années. Elle a suivi des cours à l’Institut Britannique (traduction écrite, orale, et simultanée), et plus tard acquis une maîtrise de traduction à l’université de Paris Jussieu. Elle a été traductrice lors des congrès Subud d’Amanecer (1993), Spokane (1997), et Bali (2001). Rashid traduit l’anglais et l’indonésien. Il réside à Wisma Subud (Cilandak) depuis 1968, où il a bénéficié de la présence de Bapak jusqu’à la disparition de celui-ci en 1987. Il s’est ainsi familiarisé avec la langue qu’utilisait Bapak et le contenu de ses causeries. Dahlan conçoit la maquette des livres. Il effectue les relectures et corrections des textes avec la collaboration de Trisnani, puis se charge de leur mise en page et des relations avec l’imprimeur. Harlinah s’occupe de la vente des ouvrages et de la trésorerie qui y est liée.

Edition 02

Ce travail commença en 1998, lorsque Faustine accepta de participer avec Rashid, à la traduction des conférences de Bapak que publiaient SPI. Les volumes 2 et 3 furent ainsi traduits de l’anglais et publiés, mais l’édition en français s’interrompit, et Rashid souhaita s’arrêter. En 2008, puis 2009, Faustine qui appréciait beaucoup les livres de Luqman Mc Kingley décida de les traduire et de les publier avec l’aide de Dahlan et de Harlinah. “Voyage au-delà des étoiles” est une biographie romancée de la vie de Bapak, et “Adam et ses enfants” une sélection d’extraits de conférences de Bapak explicitant le développement de la vie humaine. En 2011, ils travaillèrent sur les livres de souvenirs de Varindra Vittachi, “Reporter en Subud” et “Mission Subud” réunis en un seul volume. Celui-ci évoque notamment les débuts du développement de Subud dans le monde. En 2012, ils publièrent “les conférences de Bapak en France” pour la période de 1959 à 1967. Dans le même temps, Faustine traduisait régulièrement les conférences d’Ibu Rahayu, qui furent plus tard réunies en volume (2 tomes à ce jour).

Rashid après une longue période d’arrêt et lors d’un voyage de Dahlan et Faustine à Cilandak, fit part de son souhait de traduire à nouveau des conférences de Bapak. La singularité du projet consistait de partir des versions indonésiennes, et de les choisir en fonction de leur originalité. De 2012 à 2017, six recueils furent ainsi publiés. En 2013, ils éditèrent selon la même approche, une nouvelle version de “Susila Budhi Dharma” résultat de plusieurs années d’élaboration. En cette fin d’année 2018, c’est un autre projet qu’ils achèvent : traduire de l’anglais le nouveau guide à l’attention des aides “Conseils et recommandations aux aides de Bapak”, constitué d’extraits de conférences sélectionnés par une équipe de l’ASM ces quatre dernières années, et qui a été approuvé lors du dernier congrès mondial de Freiburg.

En moins d’une dizaine d’années, leur travail a permis d’éditer une quinzaine d’ouvrages en langue française. Ces livres se présentent dans un format A5 (15 x 21cm) et n’excèdent pas les 150 à 200 pages, reliées sous une couverture bleu profond où sont inscrits en jaune d’or le titre et le symbole Subud aux sept cercles concentriques. Les publications sont prises en charge par SPI, ASF, ou Dahlan et Faustine. Le cout de l’impression est assuré par ces éditeurs qui peuvent recevoir l’aide éventuelle d‘une subvention privée. Ainsi, la fondation Guerrand Hermès finança l’impression des six recueils de conférences et “Susila Budhi Dharma”, édités par SPI. Une partie des frais est remboursée par les ventes. Chaque tirage comporte 50 exemplaires suivis d’une réimpression si nécessaire.

Bibliographie

Ces éditions sont remarquables en ce qu’elles offrent aux lecteurs français et francophones, des traductions réalisées et vérifiées au plus près des documents originaux, réunies dans des ouvrages soignés et agréables à utiliser. Ceci est d’autant plus précieux que beaucoup des échanges et des publications de l’organisation Subud se font aujourd’hui en langue anglaise et de manière numérique. Si ce n’est déjà fait, nous vous invitons à découvrir ces livres, et d’y appréhender une fois encore la profondeur et la richesse des conseils de Bapak. Nous vous en souhaitons bonne lecture.

Irfan

Bapak à Paris

Le fondement du latihan de subud est simplement la grâce de Dieu. Si c’est par elle que nous pouvons faire le latihan, et être entrainés par le latihan, alors c’est vers Dieu que se trouve la direction du latihan. Le fondement et la direction ne font qu’un. Dieu nous enseigne et nous indique la direction pour aller vers lui. (Bapak, Paris, 14 juillet 1964).

Lors de ces multiples voyages autour du monde, afin d’apporter conseils et explications aux membres Subud du monde entier, Bapak vint cinq fois à Paris (novembre 1959, juillet 1964, avril 1967, août 1970 et 1977). Plusieurs conférences en témoignent (dont le recueil traduit en français : Bapak en France). Les archives ASF contiennent également d’autres traces de ses visites, notamment des photos. Ces photos ont été prises par Léona S., membre née en Allemagne et qui vécut une partie de sa vie à Paris jusqu’à son décès en 2002. Parmi celles-ci, de rares négatifs dont une pellicule de format 24x36mm et un grand format 60x70mm. A part le grand format la plupart des vues n’ont jamais fait l’objet de tirage papier.

Que voyons-nous ?

BPK PARIS 01

En avril 1967 Bapak et ses proches (Ibu, Ismana, Tuti, et Mastuti) posent devant l’objectif. Ils sont sur le parvis du Trocadéro. Derrière eux et au loin, estompée par une légère brume se dresse la tour Eiffel. Le temps est encore frais et tous sont vêtus de manteaux ou de pardessus. Bapak porte un chapeau. Les femmes portent un foulard noué autour du cou ou sur leur tête. Ils sont debout, seule Ibu est assise. La photo est emblématique : Bapak et sa famille devant ce monument qui se dresse vers le ciel, et qui est connu à travers le monde comme un symbole de Paris.

BPK PARIS 02

En 1964, c’est un reportage dans un registre plus familier qui montre des instants de la vie de Bapak, de ceux qui l’accompagnent, et des personnes venues l’écouter, lors de son séjour qui dura du 9 au 18 juillet. Nous sommes à l’entrée du bâtiment où va se dérouler la conférence. Une Citroën DS de couleur claire arrive conduite par une jeune femme. A sa droite un homme. A l’arrière, assis de droite à gauche : Bapak, Usman (traducteur de Bapak) et Asikin (un aide de Bapak). Le flanc de la voiture est éraflé. Un homme est debout près du véhicule, chaussé de pantoufles à motifs qui rendent étrange sa tenue. La portière arrière ouverte, Bapak sort de la voiture en souriant. Il tient une cigarette à la main, franchit le seuil d’une démarche élégante, suivis d’Usman et d’Asikin.

BPK PARIS 03

Pour ce qui est de l’essentiel, la conférence, nous n’avons aucune vue, mais nous disposons de sa transcription (voir recueil cité plus haut). Plus tard lors d’une pause nous pouvons reconnaître parmi les personnes présentes, Vavindra Vittachi, John Bennett, Richard Engels, Léonard Lassalle, et d’autres membres moins connus. Ils discutent, sourient, fument. Le temps est chaud et ils sont heureux d’être là.

BPK PARIS 04

Quelques jours plus tard, nous sommes à l’aéroport d’Orly, dans les salons d’attente avant l’embarquement pour Genève. Bapak et ses proches attendent l’heure du départ. Des membres sont venus les accompagner. Bapak attend silencieux, ou il parle avec Usman, feuillette un album de bande dessinée de Hergé (une aventure de Tintin et Milou). Puis c’est l’heure de partir, un dernier sourire, un signe de la main, la descente de l‘escalier d’embarquement, et le bus les emmène sur la piste jusqu’à l’avion.

BPK PARIS 05

Pour Bapak, le voyage continue. Selon une estimation, au cours de sa vie il aura parcouru près de 800 000 km partageant sans relâche le don du latihan avec des personnes du monde entier. Sur ce long périple Bapak se sera arrêté cinq fois à Paris, et nous pensons à lui avec une profonde reconnaissance.

Irfan (texte) et Léona S. (photos)