N’attendez pas le miracle, vous êtes le miracle (anonyme)
Tous voient Dieu, toujours, mais ils ne le savent pas (Ramana Maharshi)
Dans tout être humain, plus profondément que toute autre chose, au plus profond de lui-même se trouve le Pouvoir de Dieu (Bapak, San Francisco le 04 septembre 1963)
Dans tout ce que vous faites, vous n’êtes jamais séparés du Pouvoir de Dieu qui vous suit toujours et vous accompagne comme votre ombre. Si vous pleurez, Celui qui est derrière celui qui pleure est Dieu ; si vous marchez, Celui qui est derrière celui qui marche est Dieu. Lorsque vous serez vraiment capables de connaître Qui est derrière vous et s’occupe de vous dans tout ce que vous faites, vous vous retournerez certainement en vous demandant à chaque pas : Ô Dieu, est-ce bon que j’aille là ? (Bapak, Sydney le 17 mars 1963)
Susila Budhi Dharma (Subud) se tient au sein d’une personne, au sein de chacun et chacune d’entre vous. Cela veut dire que vous avez pris conscience qu’il y a un maître au sein de votre être ; que dans votre for intérieur, se trouve le Pouvoir de Dieu qui vous guide. Ces personnes ont une foi irrévocable, ils acceptent et se soumettent à la grandeur de Dieu ; ils croient qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu qui est le Seul et Unique pour toute l’humanité et pour toute la création, à la fois dans ce monde et au-delà. Ils embrassent cette vérité avec tout leur être. (Bapak, Los Angeles le 28 aout 1963)

Janvier 94 – Un dimanche matin, la compagne de M, lui remit un livre, dont elle trouvait le contenu étrange. Quelques années auparavant, il lui avait été offert par S, un compagnon d’études. Sur la couverture mauve du mince ouvrage, une photo montrait le buste et les jambes d’un homme, qui tenait à deux mains un miroir ovale, dans lequel se reflétait son visage. Au-dessus de l’image s’inscrivait le nom de l’auteur d’origine anglaise, et en partie inférieure le titre, “Vivre sans tête”. M lu le livre, qui peu à peu, l’intrigua, l’intéressa, puis le captiva. Le narrateur y relatait l’expérience d’un éveil spirituel spontané, puis proposait une méthode facile et rapide pour l’atteindre. M devait-il s’attendre à un dévoilement ou à une nouvelle désillusion ?
Février 94 – Devant la salle, parmi d’autres et conversant avec un ami, M attendait que débute le cours d’art martial. Fortuitement, un prospectus lui fut remis. Sidéré, il constata qu’il s’agissait de l’annonce d’une réunion, où serait pratiquée la méthode du livre qu’il lisait.
Mars 94 – Dans un appartement, M était assis en compagnie d’une dizaine de personnes. Le lieu et les gens lui étaient inconnus. Face à eux, un orateur se présenta et proposa de leurs montrer l’essentiel. Ce fut simple, direct, et renversant. Il suffisait de regarder attentivement, dans la direction que le doigt de chacun pointait. Le regard de M se dirigea vers le mur d’en face, puis successivement, vers la table, le sol, ses chaussures, son pantalon, sa chemise, puis au-dessus du col. Ici, à sa surprise, il ne vit rien ; du moins pas le visage connu, qu’il considérait comme sien, et que miroirs et reflets lui renvoyaient d’habitude. Il regarda à nouveau au-dessus de l’encolure de son vêtement. Il n’y avait là rien qu’il puisse nommer ou décrire, aucune forme ou couleur. Son regard avait opéré un retournement complet jusqu’à rencontrer sa source. Il y avait là ce qui regardait, une présence insondable, le centre à partir duquel le monde alentour apparaissait et évoluait.
Le lendemain matin, M entra dans un grand parc. L’atmosphère légère de ce début de printemps l’incita à renouveler l’expérience de la veille, à regarder à partir de la présence intérieure. M a soudain la sensation que le paysage environnant et lui, ne font plus qu’un. Son corps a disparu, le temps semble suspendu, le flux de ses pensées s’est arrêté. Il n’est plus qu’une perception, où toutes les choses et les événements apparaissent à leur juste place, dans leur plénitude, leur intensité. Installé dans la présence, il goute à la diversité prodigieuse du visible.
Sa vie fut profondément bouleversée. A partir de ce jour, cette vision devint un état courant, qu’il pouvait solliciter à sa guise. Il lui suffisait d’être attentif, de retourner son regard, de revenir au centre de lui-même, de s’abandonner à la présence, pour que s’installe cette clarté, où tout était donné. Dans les rues, les magasins, les transports, au bureau, chez lui, qu’il travaille, discute, mange, M vivait dans l’unité sans cesse renouvelée du présent. L’orateur devint un ami. Ils firent la connaissance d’autres, avec qui ils partagèrent la vision. Rien ne manquait, semblait-il.
Février 96 – Selon la compagne de M, S, l’ami qui lui avait offert le livre, s’intéressait à diverses pratiques spirituelles, dont l’une s’appelait Subud. Cela ne disait rien à M, qui estimait par ailleurs être comblé intérieurement. Il oublia.
Septembre 96 – La compagne de M repris contact avec S, qu’elle n’avait pas revu depuis la fin de ses études, et une invitation fut convenue chez M. Au moment de passer à table, le nom de Subud revint soudainement à la mémoire de M, qui interrogea S à ce sujet. S lui répondit que le latihan de Subud était un mouvement d’adoration de Dieu. M n’en demanda pas davantage.
Décembre 96 – M et l’orateur se retrouvèrent dans un café qui dominait la place. Ils furent bientôt rejoints par S, accompagné de A, une veille amie venue de province. Les présentations faites, l’orateur entreprit de montrer à A, l’expérience qu’il vivait depuis plusieurs années ; le retournement du regard, l’absence de visage, qui ouvrait sur la présence intérieure. A vit cela, et tranquillement expliqua que cette présence était reliée au divin, et que la pratique du latihan de Subud, permettait d’activer ce lien à Dieu. Ébranlés, l’orateur se mit en colère dénonçant une imposture, tandis que M ne parvenait plus à parler. Une douleur intense contractait le haut de sa poitrine, sous l’effet d’une poussée inconnue cherchant à se libérer. Trois jours plus tard, M demanda à recevoir l’ouverture au latihan de Subud. A et S firent le nécessaire.
Janvier 97 – L’ouverture était prévue le lendemain. M dormit peu, le sommeil traversé de rêves. L’un d’eux le réveilla à l’aube. Sur un fond noir, le contour de deux visages similaires tentent de se superposer. Au moment de leur ajustement complet, un contact s’établi et un rayon de lumière les traverse au niveau d’un orifice circulaire, situé entre les deux yeux. Émergeant de la torpeur, M se leva, mangea, se prépara. Deux heures plus tard, il retrouva S dans une grande gare, où ils prirent un train pour une ville en direction du sud. Ils y arrivèrent en fin de matinée. L, l’époux de A, les attendait. Au sortir de la gare, ils montèrent dans une voiture et gagnèrent les faubourgs, pour rejoindre une maison, où A les accueillit autour d’un repas. L’après-midi passa au gré de longues conversations. L’heure de l’ouverture n’était pas décidée, et son organisation restait incertaine. M demeurait silencieux, attendant patiemment que les circonstances s’arrangent.
Vers la fin du jour, les événements se précipitèrent brusquement, et les décisions furent prises. Ils quittèrent la maison pour regagner la ville. La nuit tombait, lorsqu’ils arrivèrent dans la rue du rendez-vous. S et L, bientôt rejoint par un autre homme, entrèrent dans une ancienne boutique à la vitrine diaphane. Dans l’obscurité de la voiture, M attendait, assis sur la banquette arrière, tandis que A continuait de lui parler. Il restait calme, tout entier requis par le moment à venir. De l’autre côté de la rue, une lumière émanait de la vitrine, sans rien laisser paraitre de l’activité à l’intérieur du local. La porte s’ouvrit enfin, et S lui fit signe de venir. Déchaussé, les yeux clos, il se tint debout, face aux trois hommes. L fit une brève déclaration, et lui demanda de s’abandonner au pouvoir de Dieu, afin de recevoir le latihan de Subud. Au dedans de lui, une vibration apparait, se déploie, embrasse l’entièreté de son corps et de son être. Débarrassé de ses pensées, il se soumet au mouvement qui lui est donné, qui le traverse, et le transporte.
Dans le train qui le ramenait, à travers la fenêtre, M scrutait la nuit parsemée de lumières proches et lointaines, tandis qu’autour de lui, les passagers discutaient et s’agitaient. Il était paisible et heureux. Après des années d’errance, il éprouvait la sensation se s’être débarrassé d’un fardeau écrasant, d’avoir enfin retrouvé le chemin de son être. Désormais la voie était grande ouverte, il suffisait d’en épouser le courant.
Octobre 25 – M dessine sur le papier blanc. Sa main émerge du vide, trace des lignes, circonscrit des formes. Il observe son avancée dans le même temps qu’il regarde en lui-même, ressent dans sa poitrine la présence proche, le sentiment vibrant, qui le guide, le protège, ce fil de lumière qui le relie à Dieu.
Irfan























