le fondement du latihan est notre adoration de Dieu Tout-Puissant. Puisque c’est grâce à Dieu que nous sommes capables de recevoir le latihan, il va de soi que le but du latihan est de nous emmener vers Dieu Tout-Puissant. Tout provient de Dieu et retourne vers Lui. (Bapak, Surabaya le 27 octobre 1966).

Armand,
Le téléphone indiquait que tu avais lu mon message. Sans doute, n’eus-tu pas la force d’y répondre, quelques heures plus tard, tu quittais ce monde.
Trois mois auparavant, nous nous étions revus, lors de l’anniversaire de Bapak. Après plusieurs semaines de traitement, tu étais guérit, en bonne forme, et considérais avec légèreté, la maladie qui t’avait atteint, comme une épreuve désormais passée. C’était un dimanche, et en compagnie des autres membres du groupe Subud de Paris, nous écoutâmes une causerie de Bapak, puis fîmes le latihan. Contrairement à ton habitude, tu acceptas de pratiquer les tests, qui portaient ce jour-là sur la présence de Bapak dans notre existence. Ensuite nous partageâmes le déjeuner, nous mêlant aux discussions variées. Le soir venu, rentré chez toi, tu m’informas avoir passé un excellent moment.
Tu habitais en Normandie, à une centaine de kilomètres de Paris. Si la circulation était fluide, il te fallait 1h30 de route pour venir au local Subud de Paris,. Nous nous y rencontrions, lors de la réunion mensuelle ou des fêtes qu’organisait le groupe.
À plusieurs reprises, nous travaillâmes ensemble, pour des aménagements dans les locaux, allant de la réparation de menuiseries ou de mobiliers, jusqu’à la réalisation de deux grands rangements pour les archives de l’association. J’étais architecte, tu étais menuisier par goût.
Je concevais les projets, dessinais les plans, proposant un principe constructif dimensionné et détaillé. Tu l’analysais, et après échanges nous procédions à quelques ajustements techniques. Notre manière d’aborder le travail différait. Conception et fabrication ont chacune leur exigence et leur cheminement particuliers, parfois divergents. Mais après de brèves discussions, nos points de vue trouvaient à s’accorder, nos volontés à s’apprécier. Ensuite, tu quantifiais le matériel nécessaire au projet (lattes, tasseaux, baguettes, colle, visserie, quincaillerie), recherchais un fournisseur proche de ton domicile (où tu disposais d’un atelier), et demandais un devis. Le prix accepté par le comité, le matériel acheté, tu commençais le travail chez toi, afin de ne pas gêner les activités qui se déroulaient au local. Tu découpais, façonnais, assemblais les premiers éléments, qui constitueraient le bâti principal.

Un matin à l’aube, tu chargeais matériel et outils dans ta voiture, et prenais la direction de Paris. Je t’attendais au local où nous déchargions le tout. Après un avoir bu un café, tu commençais l’assemblage définitif, seul selon ton souhait. Mesurer, tracer, dresser, aligner, maintenir, percer, ficher, fixer, visser, cheviller, entailler, échancrer, placer, ajuster, joindre, serrer, coller, chanfreiner, poncer, nettoyer, enduire… Peu à peu l’ensemble prenait forme, simple, robuste. Il te fallait 2 à 3 jours de travail. Le soir tu dormais à Paris, et revenais la semaine suivante pour terminer.
Tu semblais souvent tendu, traversé par d’innombrables interrogations, et tout entier requis par un engagement constant. À l’occasion, nous partagions nos satisfactions et difficultés du moment. Parfois éprouvantes, il n’était guère utile de s’appesantir sur ces dernières. Nous avions appris qu’il faudrait les accepter, les affronter, les résoudre au mieux, puis continuer. Certaines fois, cela pouvait nous donner matière à plaisanterie et à bien rire.
Armand, je te remercie pour tous ces moments qui nous ont été donnés de partager. Je prie Dieu Unique et Tout- Puissant, qui ne cessa de nous guider malgré nos possibles errements, de t’accorder le meilleur et le plus haut de ton âme.
Bien à toi
Irfan
